Addictions

Les addictions

Evelyne Ridnik

Psychothérapeute, psychanalyste à Paris 9e

Superviseur au Girep (Groupe International du Rêve Eveillé en Psychanalyse)

Conférence d’Evelyne RIDNIK du 16 juin 2014 - psychothérapeute-paris.info

 

« JE MANGE TROP… TU N’ES PLUS LA »

Comment se rassurer quand, dans la petite enfance, le traumatisme de

l’absence d’un proche a créé un vide et une insécurité intérieure?

Comment ne pas rester attaché à un lien qui dénie la séparation?

Comment ne pas se perdre dans une quête sans fin, entrainant excès et

compulsion alimentaire ?

De nombreux auteurs ont écrit d’abord sur la toxicomanie puis à la suite de Joyce Mac Dougall, ont introduit le mot l’addiction, terme qui prend également en compte le comportement de la personne. Ce mot s’applique aux personnes sous l’emprise d’un produit tel que la nourriture, les drogues, les achats compulsifs, l’alcoolisme, la sexualité compulsive… Nous parlons d’addictions pour toutes personnes qui ne parlent plus d’envie ni de plaisir mais de quasi-besoin incontrôlable et d’avidité, pour celles qui utilisent un substitut pour combler un manque interne, pour celles qui, dépendantes , restent soudées à un lien addictif qui a pour fonction de dénier la séparation.

 

RAPPEL THEORIQUE

Tous les auteurs s’accordent à mettre au cœur de la problématique addictive, les relations précoces du bébé à son environnement. Ainsi, pour Winnicott, le développement affectif primaire de l’enfant s’effectue en plusieurs temps. Tout d’abord, dès la grossesse, le nourrisson est en fusion totale avec sa mère. Cette dernière, par son extrême sensibilité à l’égard de tout ce qui a trait à son nourrisson, arrive à s’identifier à lui pour le comprendre. Cette fusion permet l’étayage du moi de l’enfant, lui offre une continuité d’existence et la possibilité d’évoluer dans un milieu sécurisant, parfaitement adapté à ses besoins. L ‘enjeu principal est de préserver le sentiment de sécurité de base, assise fondamentale à toute dynamique de développement.

Cependant, lorsque la mère s’absente, l’enfant ressent une forte angoisse et pour se sécuriser, il utilise un « Objet transitionnel » comme un doudou ou un ours en peluche qu’il porte à la bouche et avec lequel il se caresse. Ce geste prend racine dans une certaine qualité de son expérience avec le sein, geste qu’il déplace sur le doudou. L’enfant passe de la mère à cet objet de substitution qui la symbolise. Ce symbolisme trouvé-créé par l'enfant lui permet d'opérer la transition entre l'illusion primaire de ne former qu'un avec sa mère (le principe de plaisir) et la perception objective qu'ils sont deux êtres distincts (le principe de réalité). Ce lien-doudou auquel l ‘enfant s’attache avec passion participe donc à la désillusion progressive et à la constitution de l'autonomie. Il aide au processus d'individuation/séparation qui permet à l’enfant de devenir psychiquement séparé et extérieur à sa mère.

Cet espaceparcouru va permettre à l'enfant, d’avancer à partir d'un univers interne omnipotent et illusoire, vers un univers externe, désillusionnant et parfois menaçant. Cet état de séparation et désillusion, après l’illusion, n'étant pas sans périls, l’enfant développe des fantasmes de liens.

Ainsi, Winnicott dans « jeu et Réalité », donne l’exemple de « l’enfant à la ficelle ». Cet enfant jouait constamment avec une ficelle, dans des moments d’insécurité, notamment lors de périodes de séparations d'avec la mère souvent hospitalisée à cause de son état dépressif. Ses jeux avec la ficelle avaient pour fonction de parer aux absences en utilisant ce lien comme représentation de l’union de sa mère avec lui-même, pour arriver à dénier la séparation.

Nous avons vu que pour effectuer le chemin vers une autonomie psychique, le nourrisson a besoin d’édifier sa confiance sur un environnement favorable et une base sécurisante, une mère dite « suffisamment bonne » c’est à dire ni trop bonne, ni pas assez. La mère suffisamment bonne est celle qui est capable de suivre les possibilités de son enfant à faire face à la frustration, ni trop longtemps absente, ni trop possessive ou envahissante. Elle devient alors un objet indestructible sur lequel l’enfant pourra s’appuyer pour avancer dans son développement et acquérir la capacité à être seul, un des moments les plus importants du développement affectif. S’ensuivra le désinvestissement progressif du doudou, qui perd sa signification « d’entre deux » puisque l’enfant est capable à cette phase, de percevoir l’extérieur comme un « espace commun à deux personnes» et qu’il peut s’ouvrir au jeu, à la création et à la culture.

Comment se rassurer quand, dans la petite enfance, le traumatisme de l’absence précoce et continue d’un proche a créé un vide et une insécurité intérieure?

 

Nous venons d’évoquer le cheminement habituel de la face d’individualisation/séparation, pourtant il arrive parfois, en raison du cadre familial, qu’un dysfonctionnement dans les relations mère/enfant, se produise et empêche le développement de l’aire transitionnelle (co-construction d’un espace psychique entre la mère et l’enfant) et des potentialités hallucinatoires (il ne peut fantasmer sa mère hors de lui).L’enfant est alors contraint à une relation d’accrochage soit à mère soit à un objet de substitution, ce qui peut être à l’origine de l’addiction.

Présentation de l’histoire de MIC

Pour illustrer ces considérations théoriques, nous allons présenter la demande d’un jeune homme d’une trentaine d’années que nous nommerons Mic. Addicté depuis la puberté, Il décide de me consulter pour entreprendre une psychothérapie.

Nous avons évoqué précédemment que les racines de l’addictions se développent dans les premières relations mère/enfant, mais elles débutent souvent brutalement à l’adolescence, moment où ressurgit le temps plus archaïque des interrelations précoces.

De plus, la puberté est une véritable révolution pulsionnelle, corporelle, identitaire et psychique qui amène un jeune (comme le nourrisson) à quitter un monde connu et protégé pour entrer dans un univers inconnu et instable où il subit des changements tous azimuts parfois angoissants.

A cela s’ajoute que la séparation psychique ou physique d’un jeune avec les parents, réactive un sentiment de manque ou une angoisse de la séparation. C’est à ce moment de l’adolescence qu’ils peuvent faire appel à des addictions, équivalent des objets transitionnels d’avant la puberté pour nier la solitude. (Il est banal de voir des adolescents développer les addictions aux portables qui permettent de rester en lien pour éviter la solitude, le fait d’être seuls).

Revenons à Mic : Lorsque je le reçois pour la première fois et suis surprise que malgré son âge, il arbore un physique très adolescent : rond, jeans serrés, sac à dos, un casque musical de couleur sur les oreilles… et de grands yeux au regard noir intense.

Lorsque je l’invite à parler de lui, il relate d’emblée ses excès alimentaires sur lesquelles il s’attarde. Tout est motif à manger : une émotion (agréable ou désagréable, triste ou heureuse), les déceptions, l’ennui… Il utilise la nourriture est utilisée comme moyen d'affronter la vie et ses difficultés, comme unerecherche de sécurité.

Il évoque égalementun état dépressif qui se serait installé depuis qu’il a commencé un nouveau travail dans lequel il ne trouve pas sa place. Peu sûr de lui, il se sent incapable d’assumer ses responsabilités et craint l’échec. Chargé d’angoisses, il utilise les crises boulimiques, l’alcool, le shit ou la masturbation intensive comme sorte de leurre auto-calmant. Le besoin insatiable qui le pousse à consommer est ressenti physiquement sous forme de tension interne à laquelle il lui faut répondre. Très soucieux de son physique, il s’écoeure de se voir grossir à force de trop manger ou de trop boire mais il ne sait pas comment s’en sortir : L’abstinence d’un produit ou un comportement contenu laisse le passage à une autre addiction.

Au fil de l’entretien, sans émotions apparentes, il évoque une enfance très traumatique. Son père meurt d’un cancer lorsqu’il avait six mois, et sa mère inconsolable, se défenestre six mois plus tard.

Ses deux grand-mères, dans la douleur d’avoir perdu leurs enfants, se disputeront sa garde et il sera finalement confié à sa GMM, la présence masculine du grand-père ayant été déterminante dans ce choix. La grand-mère paternelle était veuve. Nous verrons, qu’hélas ce grand-père (deuxième mari de la grand-mère) ne s’occupera pas de cet enfant, laissant ce rôle à sa femme.

Mal préparés à l’adoption de Mic, ses grands parents lui imposent de les appeler « papa et maman », ce qui jette un flou générationnel dans sa tête d’enfant et renforce sa culpabilité d’oublier l’image de ses parents d’origine. Devenu adolescent, il s’interdit de nommer ses grands-parents et leur reproche: « vous avez mis une omerta sur mes parents en ne me parlant pas d’eux». Pour Mic, le silence et l’oubli sont intolérables : c’est comme si ses parents mourraient une seconde fois. Il a besoin de mots, de souvenirs, d’explications car il ne comprend pas et se torture de n’avoir pu les retenir par amour. « Un parent aimant ne se suicide pas » dit-il, aussi sa culpabilité s'en trouve redoublée. Pour évoluer, il doit nécessairement comprendre pour accepter son impuissance, ses limites et reconnaître à ses parents la possibilité d’avoir disposés d‘eux-mêmes. Le mystère, l’insaisissable, l’incompréhensible augmente son incapacité de faire ses deuils traumatiques. Il a un sentiment horrible de « vide en soi ». et veut donner un sens à son histoire.N’ayant pas de réponses… restant sur sa faim, il commence des crises boulimiques. Il y est conduit par son sentiment de culpabilité qui l’oblige à cette conduite de fuite et d’autopunition.

Les conditions de vie de ses grands parents étaient précaires : Gardiens d’immeuble, ils vivaient dans une loge d’un quartier bourgeois. De son enfance et il ne retient que la honte de son milieu, la honte de sa famille et de lui-même. J’étais « le fils de la gardienne ». Enfant replié sur lui-même, malheureux, sans repère et (comme sur l’image du nounours abandonné sur le bétume) « délocalisé socialement », il envie ses camarades, leurs appartements qu’il trouve merveilleux et leur situation familiale. « Chez moi, on vivait dans vingt mètres carrés et ça gueulait ». Ses complexes sociaux l’empêchent de s’intégrer aux autres et il n’évolue qu’avec un copain auquel il s’accroche. En quête d’affection, il adopte avec lui une position de soumission et se déteste de devoir le faire. Comme l’exprime Corcos« Quelle que soit la forme prise par l’addiction et quel que soit son objet de prédilection (drogue, nourriture ou personne), le lien est totalitaire. L’objet élu comble le sujet mais au prix de l’asservir. Le lien unique, indispensable implique une fixation et une perversion de l’objet du désir. Le désir ne consiste plus à satisfaire des objets multiples et variés mais s’attacher à un objet unique de manière répétitive et contraignante, ce qui est plus proche du besoin d’oxygène que du désir d’amour ou de reconnaissance. »

 

Dès douze ans, commencent les premiers amours, la boulimie et l’alcool. La seule chose qu’il trouve positif en lui, est son physique et sa capacité de séduire pourtant, il attaque son image. L’on peut penser, comme le décrit Laufer, que l’addiction a aussi une fonction d’écran, de tiers protecteur. Manger ou boire l’aide inconsciemment à le décentrer de son besoin d’amour, à se sentir sans besoins, autrement dit à se défendre contre son désir de fusion.

A l’adolescence, moment clé de son existence, j’apprends qu’il avait déjà traversé un premier épisode dépressif profond qu’il mettra trois ans à reconnaître. Il ne se lave plus, reste enfermé à dévorer des pizzas au lit, dans un coin sombre de sa chambre et se déscolarise. Il ne voit plus personne : « La dépression, c’est comme une graine qui grandit. J’ai perdu pied avec la réalité, je rêvais ma vie ». S’ensuivent des hallucinations auditives qui lui font très peur. Une nuit, il se lève et semi-conscient, met sa chaise devant la fenêtre. Je vous rappelle que sa mère s’est défenestrée. Il est alors hospitalisé et entame une première psychothérapie.

Il tente ensuite de reprendre ses études : viennent une succession de boites à bac, quelques copains et l’amour pour une jeune fille qu’il n’ose aborder. « Elle ne voudra jamais du fils de la gardienne, mon existence n’a pas assez de valeur». Nous entendons bien, son sentiment de dévalorisation auquel il "accroche" en évoquant une cause précise : ses origines sociales etc. Il focalise sur cet élément auquel il attribue cette impression de dévalorisation. En fait, la cause de son complexe est lié a un sentiment global de malaise, dont on ignore la nature et l’origine. Pour qu’il ne devienne pas invivable, il s’accroche à une « bonne » raison, à une cause limitée. Du coup, il devient plus facile à cerner, il fait moins peur. C’est une sorte d’économie psychique.

Pensant qu’il ne sera pas accepté, il fuit en coupant avec ce qu’il nomme « son ancienne vie » et se promet de ne plus revoir ses copains avant d’être plus riche et plus beaux qu’eux. Complexé et rongé par le mal-être, il se refuse la relation mais la rêve.

Alors que rien ne s’est jamais passé avec cette jeune femme, quinze ans après, sa demande est de rompre psychiquement avec cette personne.

Peu après son amour inavoué, il rencontre sa femme, plus âgée de dix-huit ans, avec laquelle, il créait un lien de soumission enfantine.

- « Elle me prend sous son aile. Plutôt que d’être amoureux, j’ai choisi d’être heureux. Je l’aime bien mais je ne l’ai jamais désiré en tant que femme. Souvent, j’ai voulu la quitter mais je ne pouvais repousser l’opportunité d’être chouchouté. De plus, elle est là, contrairement à ma mère qui a préféré la mort à moi ».

Vic présente sa femme comme une mère aimante et qui croit en lui, sans l’envahir. Il exprime très clairement le contraste entre sa femme aimante, présente et sa mère abandonnique et absente.

A ce moment où aucune interprétation ne pourrait l’aider, je mets la fin de cette première séance très riche et lui propose de nous revoir, ce qu’il accepte sans résistance apparente.

Passages de cure

Très vite revient le premier amour de Mic, auquel il reste fixé. « On ne s’est jamais quittés dans ma tête, c’est ma planche de salut, elle abrite mon âme. Je me disais que si je la perdais, c’est comme si je perdais une nouvelle fois ma mère. »

Mic a toujours cherché des planches de salut pour ne pas s’effondrer : l’affection de son copains, de son patron, de sa femme… les addictions.

L’on comprend que les blessures originelles ont forgées en lui un sentiment d’insécurité et d’infériorité. et que les enjeux liés au pro- cessus de séparation/individuation dans la relation d’objet précoce a été défectueuse. Sa mère dépressive, depuis la mort de son mari, n’a pu lui apporter les soins adaptés ni le réconfort qui fondent et préserve le narcissisme et la confiance. Confronté à une mère psychiquement absente, atone, non libidinalisée (dans l’incapacité d’aimer car tournée vers elle-même.. loin de la compréhension mutuelle dont parle Winnicott, il n’a pu construire dans sa psyché des représentation en compagnie desquelles il va pouvoir rester seul (je vous renvoie à l’article de Green sur « mère morte »). Replié en lui-même, dans l’incapacité d’intérioriser une imago maternelle suffisamment structurante et rassurante, il n’a pu développer sa capacité à se penser en dehors de sa mère. Son sentiment d’insécurité interne et son absence de solidité narcissique se traduisent par des angoisses de séparation massives et comme « l’enfant à la ficelle » de Winnicott, il a besoin de garder un lien psychique avec cette jeune fille.

Lorsque je lui demande, attentive au risque de rechute, comment il s’imaginerait sans « le lien dans la tête », il se plaint d’un vide intérieur qu’il n’arrive pas à combler autrement que par ses compulsions alimentaires.

- Je suis fragile, dit-il.

Je répète « fragile ? »

Il répond par des images « c’est comme si j’étais tout nu, exposé au monde, prêt à recevoir des coups ».

Je profite de sa capacité à dire métaphoriquement son ressenti pour l’encourager à continuer à explorer son imaginaire. En lui proposant de dire en image, j’ouvre « l’espace intermédiaire » qui mène à l’imaginaire, vers un registre plus archaïque où les images précédaient les mots. Nicole Fabre, auteur du Girep ayant écrit sur le R.E. en séance en parlent toujours comme d’un espace « entre deux réalités, la réalité psychique et la réalité objectivement présente», un espace imaginaire, un lieu où l’on peut se déplacer. Cet espace R.E. est assimilable à « l’espace transitionnel » définit par Winnicott. Y pénétrer par le RE, est essentiel pour nos cures.

 

Je lui propose d’allonger son fauteuil, de fermer les yeux et lui dis : comment voyez vous cet enfant ?

RE : Il attend quelque chose. Il me fait de la peine. Comment l’aider ? Je vois ma grand-mère, elle me demande d’aider quelqu’un. Normal, tout le monde me voit comme un leader dans la famille. Elle veut que j’aide cette personne mais je ne suis qu’un enfant ! Je la regarde et je lui dis : « Je suis un leader mais j’ai perdu mes pouvoirs. Je dois m’aider d’abord ».

La mise en image est un moment fécond dans la séance. Elles esquivent les interdits, les frustrations, la castration et les deuils. Dans de la liberté des images, se projettent des moments de partage, des moments d’illusion où les limites n’existent plus.

Dans le RE de Mic, reviennent les fantômes qui le hantent mais qui hantent également sa grand-mère. Il doit aider « quelqu’un » ? Avec les associations libres qu’il fera autour des images que je lui relis, nous entendons que la grand-mère n’a pas fait le deuil de sa fille. Le deuil d’un enfant est un deuil particulier, surtout lorsque celui-ci s’est donné la mort. Le suicide est un événement brutal qui provoque un choc, un traumatisme pour les proches. La violence du geste, l’énigme qu’il contient permet difficilement de comprendre et d’accepter. Confié à la garde de sa grand-mère, Mic devient l’enfant de remplacement, l’enfant de substitution sur lequel elle projette l’enfant perdue, ses fantasmes, ses peurs et son impuissance. Mic confondu avec sa mère dans le regard de sa grand-mère, ne sent pas exister en tant que lui-même.

- C’est comme lorsque j’évoque que la femme que je garde en moi est « contenant de mon âme » ? Depuis que ma mère m’a abandonné, je vis dans le coma, entre la vie et la mort. Je regarde mon amie comme l’enfant a regardé sa mère pour voir si elle va sauter ou pas ».

J’entends la culpabilité, la peur de la perte, la douleur de l’enfant qui se sent dans la mission d’aider sa mère, alors que sa grand-mère n’a pu le faire. Il exprime son impuissance face à la tâche impossible qui était la sienne et le besoin de se trouver et de s’aider d’abord. Il continue : « Ma mère, elle a sauté avec un papier de don d’organes à la main. Ainsi elle a pensé aux autres et pas à moi !». Etait-il dans la pièce lorsqu’elle s’est défenestrée ? Sa mémoire corporelle lui dit que oui, mais il n’a pas de réponse et s’interroge.

Dans certaines situations, en l’absence de mère, c’est la grand-mère ou une autre figure de substitution qui sécurise l’enfant et le réconforte mais pour cela, elle doit est disponible, permanente, adaptée à ses besoins et empathique. Ce n‘a pas été le cas et Mic rejette la faute de son mal-être sur sa grand-mère qu’il n’estime pas. Dans un amour/haine à son égard, il la rêve parfois morte. Il la hait pour ce qu’elle représente, pour avoir pris la place de sa mère mais également pour l’incohérence générationnelle dans laquelle il se trouve. Le lien à sa grand-mère a été confus, il n’avait pas bien compris ce qu’elle représentait et en faisait le reproche au reste de sa famille « si mon oncle m’avait adopté, j’aurai été sauvé. Ils m’auraient dit la vérité. ». A cela s’ajoute la honte de ce qu’elle représentait socialement « elle faisait les escaliers pendant que les autres mères allaient chez Carita ». Ses copains se moquaient d’elle et de sa coiffure, ils avaient des mères plus belles, plus jeunes. « Si elle oubliait de venir me chercher à l’école, j’étais fier de rentrer seul à la maison. Je ne voulais pas d’elle, je lui en voulais de ne pas être comme les autres mamans ».

Si sa grand-mère avait pu le regarder en tant que lui-même, elle lui aurait offert un miroir identificatoire, il aurait pu lire son existence dans son regard, ce qu’il représentait pour elle. Si elle avait pu lui parlé de sa mère, l’objet absent aurait été véhiculé par le langage. Quand l'enfant est confronté au fait qu'il n'y a pas de rapport direct l‘objet à sujet, le langage permet de garder le lien. Même perdu dans la perception, il aurait pu retrouvé sa mère dans sa psyché. Pour Mic, faute de lien avec elle, il reste attaché à un objet privilégié, comme à son amie fantasmée substitue de la mère originelle, ou à la nourriture et autres addictions. Grumberger dans son ouvrage sur le narcissisme décrit bien la compulsion comme une avidité de l’objet maternel.

Revenons à une suite du rêve-éveillé :

« Je suis dans l’appartement, une porte s’ouvre, un fantôme ouvre la porte et la referme brutalement. C’est une femme qui joue de la flûte traversière. Un homme est près d’elle. J’ai un an, je suce mon pouce et je suis bien. Je veux avancer mais le fantôme m’en empêche. Elle tire mon pantalon pour voir si je suis propre. Je tire moi-aussi et j’arrive à m’échapper. Je grandis mais je suis ébloui et j’avance, la main devant les yeux. J’avance et je chute comme Alice au pays de merveilles. D’un coup de talon, je remonte pour atterrir sur la terre. J’ai un torse musclé qui déchire mes vêtements. Je me dis : maintenant il faut marcher. J’ai un sac à dos.»

Mic aperçoit donc un couple qui pourrait être le couple parental, assis, unis dans un contexte de tranquillité. Cette image peut être réparatrice d’une réalité trop douloureuse et représenter la mise en scène d’une relation oedipienne. Cependant, c’est la femme qui par la représentation de la flûte porte le phallus, peut-être en référence à la grand-mère qui faisait la foi. N’ayant pas été enveloppé de la chaleur et de la sécurité de l’amour maternel, il du mal à faire confiance aux femmes qu’il perçoit comme dominante.

Il lui arrive de développer souvent un discours cynique sur l’amour et la sexualité. Dans ses relations virtuelles avec elles, il avance prudemment, toujours masqué (derrière internet), et affichent, pour se protéger, une froideur dissuasive. Il lui suffit de savoir qu’il peut plaire. En fait, il reproduit avec ces femmes virtuelles, la distance maternelle, dont il souffre. Il ne les garde qu’en lien.

Nous avons parlé du besoin de mère mais le père a également une fonction importante dans la construction psychique de l’enfant. Il sert de référent, de représentant symbolique de la loi et suppose au cours de la période oedipienne, une triangulation imaginaire à trois qui lui permettra de se situer sexuellement. Selon Lacan, lorsqu’il y a carence du père, « la fonction paternelle garde son caractère symbolique dès lors qu’elle est sous-tendue par l’attribution imaginaire du phallus : il suffit qu’un tiers existe, médiateur de la mère et de l’enfant, pour que soit mis en jeu le caractère structurant de la fonction paternelle ». Nous avons vu que dans l’imaginaire de Mic, le père est privé du phallus qu’il crédite la mère.

Le grand-père maternel (deuxième mari de la grand-mère), discrédité par sa femme et son entourage n’a pu rempli le rôle de tiers. Décrit comme un « tocard, absent, inconsistant, qui ne s’intéressait pas à lui et qui décevait car il s’alcoolisait», n’a pu être un modèle identificatoire. Mic exprime ce manque : « J’ai manqué d’une force supérieure pour me guider. Je suis dans l’excès alimentaire, car il me manque la sanction si je sors des limites. Une sanction est une expression d’amour, une protection que je n’ai pas eu».

Dans les images précitées, c’est assisté du père jusqu’à présent inexistant dans ses discours, qu’il réinstaure sa mère dans un rôle qui a pu être le sien avant la séparation… regarder si la couche est propre. Ce geste, marque le comportement opératoire d’une mère déprimée, absorbée par le deuil de son mari. Elle est dans « le faire » plus que dans la relation : leurs regard ne se croisent mais elle est dans une relation d’emprise et d’accrochage à son enfant. C’est la représentation des mouvements de régression dans les addictions auquel Mic s’accroche.

Apparaît alors, l’enfant qui suce son pouce et l’expression du bien-être que la succion lui procure. « je suce mon pouce et je suis bien ». Alors que tout est dit avec désaffection, la succion est évoquée avec plaisir. Comme l’on écrit les auteurs du GIREP, Il est indéniable que lors du rêvé-éveillé, l’accent mis sur le vu et le ressenti, favori- se une régression à un temps où l’image précédait les mots. L’accès aux vécus archaïques s’en trouve accéléré et le rêveur peut dans le même temps utiliser le verbe pour les dire. Le pouce avait pour lui une place essentielle : celle de l’émotion, du plaisir, du réconfort. Dans ce retour aux origines Mic exprime le plaisir de l’oralité auquel il s’accroche pour réussir à calmer son corps et son esprit, ce qu’il n'arrive pas à calmer en ayant recours à ses objets internes. Avec le réflexe inné de la succion, il trouve le moyen de se consoler et de rêver. Ce plaisir oral, Mic le recherche compulsivement lors de crises boulimiques. Il veut retrouver les moments de bien-être, d’avant ses un an, âge charnière où sa mère a disparu. Il s’accroche à ces liens imaginaires et illusoires comme à sa mère inaccessible qu’il ne peut lâcher et tente ainsi de fuir un réel trop éprouvant, de lutter contre son sentiment d’insécurité et son angoisse de séparation.

Si nous revenons aux images du rêves, nous voyons que c’est en se dégageant de ces deuils qui le tire en arrière (la mère qui s’accroche à sa couche), qu’il arrive à grandir avec l’illusion d’une omnipotence qui répare l’image détérioré qu’il a de lui-même. En replongeant dans ses fantasmes infantiles, il régresse comme Alice au pays des merveilles, et revient fort comme superman et équipé de son sac à dos pour avancer. Nous savons depuis Freud (le malaise et la culture) : que la toute puissance est un état de fonctionnement du petit homme, avec ses formes de pensées magiques. Les fantasmes d’omnipotence, apaisent l’excès de conflictualité et de frustration par rapport aux besoins/désirs et aident à la restauration d’un narcissisme mal assuré. Retrouvant l’espoir et l’illusion, Mic est prêt à conquérir le monde.

Les sentiments de toute puissance révélé dans les images, rappelle également son fonctionnement psychique : il alterne entre sa peur de l’effondrement par manque d’assise narcissique et son sentiment démesuré de réussite : il se dit le plus beau lorsqu’il parle de ses succès amoureux ou le plus intelligent lorsqu’il veut restructurer sa société dans laquelle il vient de commencer au bas de l’échelle. Il se sent mal à l’aise dans son poste, non reconnu dans sa tâche, chargé d’angoisses paralysantes lorsqu’il doit s’exprimer devant son patron mais il fantasme de prendre sa place. Depuis qu’il estt enfant, il n’estime pas être à sa vraie place. Il rêve d’être PDG, chanteur à succès ou cuisinier de renom et se raccroche à ces idées. Bien que ce soit un homme très vif, intelligent et apparemment doué de sens artistique, l’on sent le côté artificiel, le faux-self, la brillance diffusée sur des projets peu approfondis. Pour plaire, se montrer intéressant, être aimé, il se pare d’un faux-self adaptatif nécessaire pour combler son vide intérieur, accéder à l’amour et au statut social dont il rêve depuis l’enfance.

Après le rêve-éveillé, le travail en séance qui s’ensuit l’aide à passer des mots du rêve à la prise de sens. Contrairement à ses passages à l’acte dans ses crises boulimiques, il passe à l’élaboration psychique. Il évoque sa souffrance et comprend qu’elle vient de très loin. Du temps où sa mère n’a pu s’intéresser à lui et qu’elle ne pouvait lui transmettre que sa douleur, son néant et sa sensation de tomber dans le vide. Il n’était ni encadré, ni soutenu. L’insupportable en lui, il a tenté de le chasser par le recours à la boulimie (celui qui mange n’est jamais seul), mais ce n’était que désillusion et il passait d’une addiction à l’autre. Son corps a n’été que maltraité et rejeté. Surpris du sentiment de bonheur éprouvé dans les images des RE, il se dit qu’il est possible de se sentir bien.

Au fil des entretiens, revenant sur ses dérives, il déclare : « mon père est un monstre ».

Je répète, un monstre ?

Il se met de lui-même dans une position allongée et continue…

RE : C’est un monstre qui me pousse à entrer dans la chambre. C’est aveuglant. J’ai la langue et les yeux d’un serpent. Comme un truc qui vit en moi. Je suis dans la pièce emplie de lumière et je tourne. Je sens mon cœur dans ma main, puis sous ma tête. De jolies femmes me caressent les cheveux et me consolent.

Ces images expriment son besoin d’amour et de consolations mais également la monstruosité des crises auxquels il est soumis sans pouvoir résister. Il ressent un besoin impératif de nourriture à satisfaire à tout prix et immédiatement. Il est comme aveuglé par le besoin et ses compulsions l’emplissent de honte. Il l’appelle « sa partie monstrueuse », comme son père dont il a été carencé. S’il n’était pas mort, sa mère ne serait pas morte et il n’aurait pas été poussé à ces excès.

A la suite de ces quelques séance, il décide de se faire tatouer sur le bras une petite croix avec deux cœurs dans lesquels il inscrirait Mum et Dad. Les deux cœurs, symbole d’amour seraient retenus par une serrure.

Lorsque je le questionne sur cette éventualité, il avance que c’est sa façon de conserver les absents. Il est mal à l’aise d’avoir dépassé l’âge qu’ils avaient au moment de leur mort. Ce tatouage marqueraient l’avant et l’après de ces deuils. Quant à la petite croix, elle fait référence à sa croyance, à sa force que lui procure la prière mais également aux tombes qu’il n’a jamais vues.

Il semble évident que d’écrire sur sa peau, le rappel de ses parents et de son amour pour eux, marque son mal-être identitaire profond. Par ce biais, il espère signer son existence comme sur une carte d’identité, donner plus de corps au corps, tenter de trouver ses marques, se redéfinir, réinstaurer ses origines et tenter d’immortaliser les évènements dramatiques de son existence. Ce peut-être également sa façon d’affronter et de conjurer ses peurs de vivre, sa peur de vieillir, et son désarroi profond face à la mort. La serrure entre les deux cœurs les relie à tout jamais.

Pourtant si l’on considère l’origine de ses racines, elle n’a rien à voir avoir l’anglicisation des termes. De même écrire sur sa peau, comme sur une ardoise, le rappel du traumatisme infantile, montrer ce qui est enfoui en lui, refoulé n’est pas suffisant. Ce n’est qu’un « bricolage symbolique » : ce n’est pas en changeant son corps que l’on change sa vie. Mic résiste à élaborer ces le deuil et ce tatouage ne suffira pas s’il n’analyse pas, ne comprend le dessous de ces marquages inscrits sur le dessus de la peau. Pour Pierre Fédida, « si le psychique dispose ainsi de ce pouvoir magique de faire venir dans l’espace réel une sorte de perspective retournée sans modifier quoi que ce soit de la réalité de celui-ci, alors on doit se demander ce qu’il advient de la parole dans une telle optique. » (Pierre Fédida, 1999, De l’optique du fantasme Paris, Association psychanalytique de France, mars 2000, (pp. 13-25), p. 13).

De lui-même, Mic renoncera à ce tatouage, évoquant que ses parents sont déjà inscrits dans son cœur.

Au fil de la cure, il revient sur ses crises qui commencent à disparaitre. Il se sent moins stressé, moins dans la compulsion. Il pense avoir prit du recul avec la dépendance qu’il gère mieux.

Revenant aux images, il exprime :

RE : La dépendance, c’est comme une pieuvre dans le ventre qui réclame son dû. La pieuvre dans le ventre, elle est chez elle. Je suis de face, nu, les mains tendues avec les paumes ouvertes. J’ai les yeux vers le bas et je vois la pieuvre violette au milieu de mon corps, avec ses tentacules. Elle est clairement méchante. Elle a la bouche ouverte avec des dents. Je lui suis soumis et la subis. »

Que souhaiteriez vous ?

- Qu’elle me laisse tranquille. C’est ma colocataire, on s’est trouvé dans le même corps. Elle est dans mon ventre comme j’étais dans le sien. Je la porte comme elle m’a porté. Est-ce que j’ai été aussi destructeur pour ma mère qu’elle l’est pour moi ?

Je lui dis :

- Vous maintenez le lien par culpabilité.

- Je ne veux pas faire ce qu’elle a fait avec moi. Elle m’a abandonné, je ne peux pas la laisser tomber.

Et pour la première fois, il pleure et je trouve rassurant qu’il pleure. Le passage de l’incapacité à ressentir à l’affect marque l’avancé de la cure. Pour Joyce Mc Dougall, un des buts du comportement addictif serait justement de se débarrasser de ses affects, de sentiments qui font souffrir comme l’angoisse, la colère, la culpabilité, la tristesse, qui peuvent être vécus inconsciemment comme dangereux, trop débordants ou défendus… La désaffectation est un système de défense inconscient par rapport à des vécus traumatiques : les sujets addictifs qui, comme Mic, auraient fait précocément l’expérience d’émotions intenses, très violentes, qui menaçaient leur sentiment d’intégrité ou d’identité se protègent de cette façon de retour traumatique, synonymes d’anéantissement. Ainsi Mic érigeait une sorte de rempart, une cuirasse, un blindage contre ses affects débordants, ses traumatismes, ses angoisses d’effondrement, ses terreurs primitives, sa peur de perte d’identité qui lui faisait dire « qu’il était vide ». Ainsi donc il se protégeait mais se coupait également de sa réalité interne.

Cette expérience traumatique primaire, a laissé, comme tout traumatismes, des traces perceptives en lui qui, n’étaient pas représentée psychiquement ni appropriée car inassimilable et irreprésentable.

C’est pourquoi l’affect restait en deçà de la représentation, alors que la charge pulsionnelle débordait, créant des tensions qu’il lui fallait décharger en mangeant, sans représentation psychique. Pendant les crises, les patient évoquent manger tout et n’importe quoi, sans réfléchir et sans que ce soit important : l’important étant de manger pour anéantir la tension qui les envahi.

L’image de la mère/pieuvre accrochée à lui et à laquelle il est accroché lui-même, a libéré l’affect associé qui dans l’ici et le maintenant de la séance peut se vivre et se dire. Elle a mit l’accent sur le cœur de sa problématique : ses manques originels, le besoin d’accrochage au lien addictif, substitut de sa mère et bien-sûr sa culpabilité de ne pas avoir pu la retenir, la détresse du tout petit enfant, trop immature, physiquement et psychologiquement pour réaliser ses envies, se mouvoir. Il ne veut pas la laisser tomber… Cette image fait écho au sentiment de culpabilité, qui l’a accompagné toute sa vie, sans qu’il puisse nommer la faute dont il se sent responsable. Lorsqu’il dit que « La pieuvre réclame son dû.. »: apparait la problématique de la dette symbolique, pratiquement indissociable du fait addictif en général. Mic tente de payer à travers ses dépendances physiques, la dette contractée par son histoire et difficile à acquitter. La souffrance et/ou la violence qui l’accompagnent, apparait alors comme l’expression d’une demande de réparation. Il ne voulait plus « laisser tomber » sa mère. Habité par ses sentiments de culpabilité profonde, ce jeune homme fin, intelligent s’enfonçait dans la dépression et s’orientait vers une névrose d’échec. Il ne pouvait supporter d'obtenir précisément ce qu'il paraissait désirer le plus ardemment. Ses addictions l’aidaient à s’auto-saboter.Haineux l’égard de lui-même, il utilisait l’oralité pour apaiser cette culpabilité en retournant l’agressivité contre lui-même.

Ce rêve marque un tournant dans la cure.

Il souhaite arrêter nos séances dont il était très dépendant. Alors qu’il avait commencé nos entretiens avec un empressement avide, et maintenait le contact avec sa thérapeute par un lien d’accrochage, il est capable, après réflexion, de projeter la rupture. Au fil de la cure, il lui était arrivé de mettre le transfert à distance, en étant rejetant ou en dans des passages à l’acte en oubliant des séances. Arrêter à ce moment là aurait été trop tôt car non élaboré psychiquement aussi, afin de lever ses résistances, en mettant en jeu des processus psychiques difficilement abordables autrement que par le corps, je lui avais alors proposé de rejoindre un groupe de psychodrame que j’anime avec un autre thérapeute. Dans l’espace de jeu, il a put reconnaître chez les autres personnages des figurations de son propre monde psychique, jusque-là inaccessibles. Les résistances psychiques ont pu se relâcher peu à peu grâce à la mobilisation et au plaisir du jeu improvisé, au sein d’un cadre rassurant et fiable.

A présent, se sentant intérieurement plus solide, il peut « rompre le lien», sans culpabilité. Transférentiellement, il ne craint plus de décrocher avec la mère dépressive qu’il ne pouvait attaquer sans risquer de la détruite.

 

EN CONCLUSION :

De tout ce qui a été dis précédemment, il en découle que certaines personnes, confrontés, dès la petite enfance, à un conflit psychique, une détresse ou à une frustration d'amour, ne peuvent répondre à ces situations qu’en tentant par le recours à l’addiction pour court-circuiter la dépendance interne à un être manquant.

L’analyse met l’accent sur le conflit sous-jacent à la dépendance et la possibilité de dire autrement que par l’addiction. Alors qu’il s’attardait beaucoup sur ses troubles alimentaires, je lui laissais entendre que l’enjeu n'était pas dans l’addiction mais qu’il devait repérer la fonction que remplissaient ces symptômes. Il a pu alors produire un discours qui ne reste pas enkysté dans le symptôme et amorcer un mouvement de déplacement vers la problématique contenue dans le symptôme.

Je pense que la relation au thérapeute toujours là pour lui, toujours à l’écoute de ses désirs conscients et inconscients a pu réparer les liens brisés avec ses origines. Il a été regardé, porté par un cadre structuré et contenant qui a suppléé aux carences de d’étayage maternel. Le partage avec le thérapeute comme, entre la mère et l’enfant, a permis à l’affect d’être ressenti et aux représentations psychiques de se construire.

Aujourd’hui, sa réalité externe à évolué : Il va avoir un enfant et en est très fier. Il peut se projeter dans sa vie et dans la transmission. Il a enregistré un disque et en plus de son travail (qu’il projette de quitter bientôt), il est coach dans un restaurant dont il refait les menus : il créait des recettes chez lui qu’il revend ensuite au restaurant. Il en est ravie ainsi que son employeur et souhaite étendre cette activité. De boulimique, il devient agent nourrisseur et en tire un réel plaisir.

Nous décidons donc d’arrêter, d’un commun accord, sachant qu’il a toujours la possibilité de revenir s’il le souhaite. Avec ce type de patients, mon expérience m’a appris que l’on doit rester souple et que peut-être qu’un jour il reviendra … juste pour de vérifier que le thérapeute est toujours l


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